Pourquoi janvier accentue-t-il la déprime chez les femmes ?
Après l’effervescence des fêtes, le mois de janvier peut sembler particulièrement rude. Fatigue persistante, baisse de motivation, moral en dents de scie, impression de lourdeur mentale… Si vous ressentez ce fameux blues de janvier, vous êtes loin d’être un cas isolé.
Ce premier mois de l’année agit comme un concentré de contraintes émotionnelles, biologiques et professionnelles. Reprise intense du travail, manque de lumière, pression des bonnes résolutions : tout concourt à fragiliser l’équilibre mental, en particulier chez les femmes.
Bonne nouvelle : ce phénomène n’est ni une faiblesse personnelle, ni une fatalité. Comprendre pourquoi janvier est si éprouvant permet de mieux l’aborder, avec lucidité et bienveillance.
1. Janvier : un temps d’adaptation souvent sous-estimé
Si janvier donne l’impression de s’étirer à l’infini, c’est souvent parce que le corps et l’esprit doivent s’ajuster brutalement après une période très stimulante.
Fin des fêtes : une chute hormonale réelle
Les semaines de fin d’année sont riches en stimulations sociales, émotionnelles et alimentaires. Elles favorisent la production de dopamine et d’endorphines, associées au plaisir et à la récompense. Le retour à la routine entraîne un ajustement émotionnel, parfois vécu comme un contrecoup.
Passer d’un mois festif à une reprise professionnelle rapide, souvent dès le 2 janvier, crée un contraste intense. Cette transition abrupte explique en partie l’installation rapide du stress et de la fatigue mentale en début d’année.
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2. Le Blue Monday : mythe marketing, réalité psychologique
Le « Blue Monday », présenté comme le jour le plus déprimant de l’année (généralement le troisième lundi de janvier), n’a pas de fondement scientifique strict. Il s’agit à l’origine d’un concept marketing.
Pour autant, il ne sort pas de nulle part. Cette période concentre des facteurs bien réels :
- météo froide et sombre,
- finances souvent fragilisées après les fêtes,
- baisse de motivation liée à la reprise,
- pression liée aux objectifs de début d’année.
Le Blue Monday ne cause pas la déprime, mais il symbolise un moment de convergence de contraintes qui pèsent sur le moral. Ce ressenti est donc légitime et partagé.
3. Facteurs biologiques et saisonniers : un terrain défavorable en janvier
Moins de lumière, moins d’énergie mentale
En hiver, le manque de luminosité naturelle perturbe l’horloge biologique. La lumière joue un rôle clé dans la régulation de la sérotonine (humeur) et de la mélatonine (sommeil).
Dans l’hémisphère nord, cette carence lumineuse peut entraîner le trouble affectif saisonnier (TAS). Selon l’American Psychiatric Association, environ 5 % de la population en souffre de manière clinique, tandis qu’une proportion bien plus large ressent une forme plus modérée, souvent appelée blues hivernal.
Fatigue, troubles du sommeil, baisse d’énergie et difficulté de concentration sont alors plus fréquents en janvier.
Source : American Psychiatric Association – Seasonal Affective Disorder
4. Pressions sociales et professionnelles : pourquoi janvier pèse davantage sur les femmes
Si janvier est exigeant pour beaucoup, il peut être particulièrement éprouvant pour les femmes, car il agit comme un amplificateur de la charge mentale existante.
Une charge mentale qui ne connaît pas de pause
Les femmes restent majoritairement les coordinatrices invisibles du quotidien : organisation familiale, gestion logistique, anticipation des besoins, charge émotionnelle. Cette charge mentale, documentée en sociologie, ne s’interrompt pas pendant les congés et se réactive pleinement dès janvier.
Selon le Baromètre de la charge mentale des femmes (Ministère de la Transition écologique), plus de 70 % des femmes déclarent ressentir une charge mentale élevée, particulièrement lors des périodes de forte reprise organisationnelle comme le début d’année.
Janvier : mois de pression professionnelle accrue
Sur le plan professionnel, janvier concentre plusieurs enjeux :
- fixation des objectifs annuels,
- lancement de nouveaux projets,
- réunions stratégiques,
- évaluations implicites ou explicites de performance.
Cette exigence de performance intervient alors même que les ressources physiques et mentales sont affaiblies par la saison. Dans les métiers à forte dimension relationnelle (soin, social, services), les femmes déclarent également une charge émotionnelle élevée, facteur reconnu de fatigue mentale (DREES).
Résultat : la reprise n’est pas progressive, mais immédiate, laissant peu de place à l’adaptation.
5. Pourquoi janvier semble “plus long” psychologiquement
La pression des bonnes résolutions
Janvier est culturellement associé à l’idée de renouveau et de transformation rapide : mieux travailler, mieux manger, mieux gérer, mieux performer. Cette culture du changement immédiat génère une pression supplémentaire.
Lorsque les résultats ne sont pas visibles rapidement, le sentiment d’échec peut apparaître, alimentant frustration et découragement.
Retour à la réalité sans sas de transition
Le contraste entre la parenthèse festive de décembre et la réalité de janvier est souvent brutal : factures, responsabilités, charge professionnelle accumulée. Pour les femmes déjà sollicitées sur plusieurs fronts, l’absence de phase de transition accentue le blues.
6. Comment traverser janvier sans culpabiliser
L’objectif en janvier n’est pas d’en faire plus, mais d’en faire moins… mieux. Ce mois appelle à l’ajustement, à l’écoute de soi et à une reprise progressive, loin des injonctions à la performance immédiate.
Accueillir ses émotions
Ressentir une baisse d’énergie, de motivation ou de moral en janvier est humain. Ce n’est ni un manque de volonté ni un signe de faiblesse, mais un message du corps et de l’esprit. Accepter ce rythme plus lent est une forme d’intelligence émotionnelle.
S’exposer à la lumière
La lumière naturelle est un véritable levier de régulation émotionnelle. Une marche quotidienne de 15 à 20 minutes en extérieur, idéalement à la mi-journée, contribue à stimuler la sérotonine. À défaut, la luminothérapie peut être une aide efficace pour soutenir l’énergie mentale en hiver.
Revoir ses objectifs avec réalisme
Les résolutions radicales créent souvent plus de pression que de bénéfices. En janvier, privilégiez des objectifs progressifs et atteignables. Avancer par petits pas permet de restaurer un sentiment de contrôle et d’éviter la frustration.
Prendre soin de soi… sans justification
Janvier est un moment clé pour se recentrer sur soi. S’accorder du temps n’est pas un luxe, mais une nécessité pour préserver son équilibre mental.
Méditer quelques minutes, lire un livre, appliquer un soin, écrire, se reposer, ou simplement ne rien faire : ces moments dédiés à vous et seulement vous permettent de recharger les ressources émotionnelles mises à rude épreuve en fin d’année. Se donner cet espace sans culpabilité est un acte de prévention, pas d’égoïsme.
Privilégier une activité douce pour réactiver le corps et l’esprit
Inutile de forcer un retour brutal au sport intensif. Les activités douces sont particulièrement adaptées au mois de janvier.
Le Pilates, le yoga, la marche consciente ou encore des pratiques comme l’EMS à intensité modérée permettent de réactiver le métabolisme, de relancer l’énergie corporelle et de réduire le stress, sans sur-solliciter l’organisme déjà fatigué par l’hiver.
Rompre l’isolement
L’isolement renforce la déprime. Parler de son ressenti avec des amies, des collègues ou des proches permet de normaliser ce que l’on vit. Le blues de janvier est largement partagé, et la connexion aux autres reste l’un des meilleurs leviers de régulation émotionnelle.
Janvier n’est pas une fatalité
Si janvier vous semble difficile, ce n’est pas une défaillance personnelle. C’est le résultat d’une convergence entre biologie, pression sociale et charge mentale, particulièrement marquée chez les femmes.
Voir janvier comme un mois de transition, plutôt qu’un mois de performance, permet de l’aborder différemment. Vous avez le droit d’avancer à votre rythme.
Prendre soin de vous n’est pas un luxe : c’est une condition essentielle pour démarrer l’année durablement.